Pourquoi The Callisto Protocol a-t-il été livré en décembre 2022 plutôt qu’en 2023 ?

Glen Schofield dit avoir été contraint de livrer The Callisto Protocol en pleine crise sanitaire, et met en cause la direction coréenne de Krafton.

Hugo Barthe Par Hugo Barthe
3 min de lecture
Pourquoi The Callisto Protocol a-t-il été livré en décembre 2022 plutôt qu’en 2023 ?
Photo d’illustration. Un poste de travail informatique avec écran, clavier, souris et casque, entouré de plantes.

En bref

  • Glen Schofield affirme avoir été contraint de sortir The Callisto Protocol, échec commercial et critique de 2022.
  • Il décrit une production minée par le télétravail, les malades et la pénurie de puces.
  • Il dit avoir publié 86 correctifs après avoir terminé tous les DLC.
  • Il a quitté Striking Distance en 2023, puis annoncé sa retraite.

Un jeu qui devait sortir en 2023 est arrivé en décembre 2022, et son créateur ne s’en remet pas : « J’ai été contraint de sortir le jeu. Je m’en veux terriblement. » Ces mots sont ceux de Glen Schofield, rapportés par Gamekult, qui voit dans The Callisto Protocol l’une des grandes déceptions de 2022, un échec commercial et critique.

Schofield n’est pas un novice. Vétéran de l’industrie, il était derrière Dead Space et le studio Sledgehammer, puis a fondé et dirigé Striking Distance, censé incarner son renouveau. The Callisto Protocol, science-fiction horrifique, en était le porte-étendard. Le projet était édité par le groupe sud-coréen Krafton. Le jeu a été, selon Gamekult, le dernier clou du cercueil du studio, qui n’a pas eu de seconde chance.

Une production prise dans la pandémie

Dans ses propos à GamesIndustry.biz, Schofield attribue plusieurs problèmes à la direction coréenne. Il se décrit comme un leader créatif, pas comme un gestionnaire : il dit détester planifier et vouloir qu’on lui indique simplement la marche à suivre. Mais c’est d’abord la crise sanitaire qu’il place en tête des obstacles. Il évoque notamment :

  • le télétravail imposé, qui l’a obligé à multiplier les appels individuels et les réunions sur Zoom, lui qui dit ne pas aimer cette façon de travailler ;
  • une petite équipe en Espagne mise à l’arrêt par moments, ce qui privait le studio de son équipe de rendu pendant un certain temps ;
  • l’envoi de kits de développement à tous les employés alors qu’une pénurie de puces sévissait.
4 à 6personnes de son entreprise tombaient malades chaque mois, d’après Schofield

Le développeur ajoute avoir perdu l’un de ses meilleurs amis. Pour lui, faire un jeu est devenu secondaire : « Il s’agit de vies humaines. Il s’agit d’humanité. » Ces affirmations restent son témoignage, et rien n’établit indépendamment le lien entre la pandémie et la qualité finale du jeu.

Une date imposée et un marketing bricolé

Initialement prévu en 2023, le jeu aurait vu sa sortie fixée par Krafton à décembre 2022, d’après Gamekult, qui emploie le conditionnel. Cette échéance aurait réduit considérablement la marge de manœuvre du studio, alors qu’il fallait déjà rattraper le retard accumulé pendant la crise.

Schofield pointe un autre angle mort : Krafton, surtout spécialiste du multijoueur, ne disposait pas d’équipe marketing aguerrie pour un jeu solo. Striking Distance s’est donc chargé de la promotion en interne. Après le lancement, le studio a corrigé le tir : le développeur assure que l’éditeur jugeait Callisto « un échec total » pendant que ses équipes préparaient des correctifs. Il dit avoir attendu d’achever tous les DLC avant de publier 86 correctifs, mineurs ou majeurs, pour que le jeu retrouve son niveau d’antan.

Après Striking Distance, la peinture

Schofield a quitté Striking Distance en 2023, puis a annoncé cette année sa retraite de l’industrie. Selon GamesIndustry.biz, il consacre désormais ses journées à la création artistique, entre peinture et sculpture. Un retour dans le jeu vidéo n’est pas exclu, d’après ses propres dires.

Photo : Pew Nguyen / Pexels

Hugo Barthe

Chroniques, business et tests

Hugo Barthe

Hugo Barthe a travaillé dans le contrôle de gestion d'un éditeur de logiciels avant de revenir au jeu vidéo par l'écriture. Il suit pour Gamer-News l'économie du secteur : résultats des éditeurs, rachats, abonnements, prix des jeux et conditions de travail dans les studios. Il lit les rapports annuels jusqu'aux notes de bas de page.